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Regarder,
observer, surveiller
auteure : Nicole Gingras
Les principales motivations à l’origine
de l’exposition Regarder, observer, surveiller
étaient de réaliser un événement afin
de souligner le vingtième anniversaire de Séquence
et de présenter nos orientations à venir quant aux
pratiques artistiques actuelles.
Pour élaborer cette exposition, nous
avons eu la chance de travailler en collaboration avec des professionnels
qui ont su comprendre l’esprit et la mission de Séquence,
comme la commissaire Nicole Gingras, que nous remercions sincèrement.
De plus, la qualité de ses travaux de recherche sur les attitudes
relatives à la visibilité, lorsque l’art devient
une exhortation à regarder, observer et surveiller, a suscité
un vif intérêt chez moi.
Un jour, j’ai été étonné
d’observer la manière dont un jeune enfant, en poussette,
m’avait regardé alors que je l’avais croisé
au cours d’une balade. Il se trouvait à une étape
de son développement où tout ce qu’il voyait
lui apparaissait nouveau; sa vision s’attardait beaucoup
au volume et il souhaitait expérimenter le toucher. Au fil
des années, l’enfant développe sa perception
des choses à partir des connaissances qu’il acquiert
partiellement par l’entremise des multiples images transmises
par les médias. Devenus adultes, notre manière de
regarder le monde a donc été structurée par
nos expériences visuelles précédentes. «
…En voyant des objets, nous avons en général
l’impression de gagner quelque chose. Mais la modalité
du visible devient inéluctable – c’est-à-dire
vouée à une question d’être – quand
voir, c’est sentir que quelque chose inéluctablement
nous échappe, autrement dit : quand voir c’est perdre.
Tout est là…»1
L’exposition Regarder, observer,
surveiller intensifie cette réflexion portant
sur des questions en lien avec l’observation, la surveillance,
la construction du regard, la vision, la perception ainsi que le
voyeurisme et le réel.
Plus d’une vingtaine d’artistes
provenant du Saguenay, du Québec, du Canada, de France, des
Etats-Unis, d’Allemagne, d’Angleterre, de Belgique et
d’Irlande sont réunis à Séquence. Parmi
ceux-ci, trois Québécois créeront une œuvre
dans le cadre d’une résidence. Des photographies, une
peinture et des installations audio et vidéo, accompagnées
de vidéos d’art réalisées entre 1964
et 2004, seront présentées. L’exposition se
déroulera, en deux temps, d’avril à octobre
2004. L’ensemble de la personnalité et des sens du
spectateur sera interpellé et celui-ci sera l’élément
central de l’œuvre à laquelle il s’exposera.
Séquence possède aujourd’hui
un recul formé par deux décennies de travail consacrées
à l’art contemporain, Dans l’avenir, nous conserverons
notre rôle d’observateur par rapport à ce qui
nous apparaît comme l’histoire du regard. En effet,
le temps de fermer et d’ouvrir les yeux, de cligner de l’œil,
et nous voilà déjà dans une autre époque; ce qui est suffisant pour constater que nous regardons le monde
avec les yeux de notre époque, dans l’œil de notre
temps.
L’artiste allemand Joseph Beuys postulait
que l’art ne demande pas le seul travail du regard, ni même
celui de tous les sens, mais le cheminement d’une conscience
élaborant un savoir dont l’œuvre aura été
la source.
Gilles Sénéchal
1.
Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde,
Paris, Les Éditions de Minuit, 1992, p. 14
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