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Petits
formats
d'Andrea Szilasi
auteur : Sylvain Campeau
distribution : SÉQUENCE ©
2003
La photographie, on le sait, est affaire
de lumière, de transfert de photons, du choc de ceux-ci sur
un corps touché et de leur retour vers une pellicule. Aussi
croit-on parfois, ou veut-on plutôt voir, en toute photographie,
une sorte démanation du corps soumis à ce tact,
de son irradiation saisie par la photographie et peut-être
bien émergeant directement delle. Ce mythe que lon
se plaît à considérer avec émotion et
sérieux, cette forme dabusement auquel on consent de
plein gré, explique sans doute limpression que suscitent
en nous les images dAndrea Szilasi. Ses Petits formats
regroupent des images de différents types. Il y a, parmi
elles, ce qui semble être des gros plans de nombrils, des
photogrammes spiralés, des solarisations, des détails
microscopiques ou saisis en macrophotographie, des portions étroites
déléments naturels. Le tout forme une sorte
de cosmographie, décriture photographique cherchant,
par la chasse au détail, à rendre tangible un cosmos
de vortex, déléments naturels aqueux, aériens,
astraux. Sur la plage du papier, ce sont vagues, révolutions,
orbites qui senchaînent.
Dans la composition de ces cosmogonies visuelles,
on sait quil y a une grande part de manipulation. Ce sont
ou bien des images découpées et recollées qui
remplissent le cadre, ou bien le résultat dun contact
entre un objet inidentifiable et un papier émulsionné,
ou bien des gros plans flous de parties du corps. Dans chacun de
ces cas, le corps nest jamais loin; il est au cur des
opérations qui ont servi à créer les images.
Ce qui est là couché émane presque intimement
de lui. Et pourtant, ce sont des planètes en rotation qui
reposent là et dont toute la lumière semble émaner;
ce sont des nébuleuses, des corps astraux, des remous liquides
et des trames décorces terrestres (ou lunaires).
Tout est donc affaire de tact. Les images
résultent dun touché. Elles sont la conséquence
dune obstruction de lobjet qui vient se placer entre
la lumière émanant de lagrandisseur et la surface
réceptrice. Mieux, lobjet sest déposé
sur le papier-photo. Il a confié à la surface un peu
de son essence et celle-ci, paradoxalement, sest traduite
en corps astraux, spirales et volutes. Cest donc plus que
le souvenir de ce qui a été : limage résultante,
à tout prendre, fait figure de relique. Elle est le dépositaire
dun contact. Elle possède dans ses fibres un peu de
lâme de la chose en allée. Elle est aussi affaire
de tact parce que lon ne peut feindre dignorer ce que
cette photo doit à la manipulation ludique et au plaisir
enfantin du découper-coller. Ce bricolage fondamental, on
le voit, ne se veut pas savant, réfléchi, raisonné.
Il est au contraire primal, état zéro de lart,
du transfert dimages toutes faites et de leur greffe en assemblages
nouveaux. Lacte de création est celui de la première
enfance, de linfra-photographie, des impressions lumineuses,
du théâtre dombres des images. Pourtant, il crée,
on la dit, des mondes, des voies lactées, des constellations,
des mouvements stellaires, des auras, des galaxies. Il reproduit
la fluidité des eaux, ses mouvements innés; le veineux
corps des matières, les stries et arêtes des croûtes
terrestres; des génômes inédits ou les fibres
de la flore. Lacte essentiel et premier de la création
fonde lunivers même, se hisse jusquà sa
mise en uvre. Parti de rien, ce faire fondamental conçoit
des images du Grand Tout.
Tout tient à cela, en fait; à
cette distance qui ne nous échappe pas, sans cesse mesurée,
entre lorigine de limage, cette pulsion fondamentale
à fomenter de limaginaire avec des petits riens, des
papiers effilochés et la matière finale, luvre
achevée qui évoque des mondes issus de linfini
de notre univers.
Sylvain Campeau
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