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La
Méthode et l'extase
de Richard
Baillargeon, Bertrand Carrière, Michel Campeau
auteur : Martha Langford
distribution : SÉQUENCE ©
2003
La Méthode et l'extase : Richard
Baillargeon, Michel Campeau, Bertrand Carrière est une exploration
collective du paysage, processus rendu visible et soutenu par une
foi dans le pouvoir de la photographie. Ce travail peut être
considéré comme un renouvellement de l'élan
romantique ou, plus précisement, comme une adaptation qui
répond aux besoins actuels. Nous avons mis de côté
le culte du génie, mais réadmis la subjectivité
en tant qu'expression de l'indépendance et de la solitude,
ici, face à la cinquantaine. Nous avons réaffirmé
l'originalité ou, plutôt, la possibilité de
recombinaisons culturelles qui expriment quelque chose de singulier
en rapport à un esprit-corps particulier, en réaction
à un lieu et à un temps particuliers. L'usage de la
photographie révèle, de façon paradoxale, l'unicité
de ces performances, en ce qu'elles sont et, soudain, ne sont plus,
en ce qu'elles ne tiennent qu'à un cheveu. La photographie
nous fait prendre conscience de la lumière, de ses allées
et venues comme mesure de notre mortalité. L'exposition est
hantée par des visions de mort imminente : le ralentissement
de la nature, les rituels d'Osiris, les présages ignorés.
Dans tout ceci, le confort réside dans la beauté,
dans l'entrelacement de mystères picturaux et de textes,
dans les images prises en voyage, dans la caresse de moments et
de mouvements - toutes choses rendues possibles par ce médium
généreux. On peut palper, dans cette exposition, un
amour de l'image photographique, un amour approfondi par la familiarité
de ses codes et de ses capacités, un amour ardent, un amour
constamment étonné.
La nature, la spiritualité, l'incarnation
physique et la matérialité : toutes sont des lieux
d'extase. Que dirions-nous maintenant de la méthode, ou des
méthodes, puisque ces trois projets photographiques semblent
fort distincts?
La méthode de Richard Baillargeon
est syncrétique : les photographies standard d'architecture
romane furent toutes prises durant une résidence à
Arles; elles sont combinées à des détails de
manuscrits enluminés et de paroles poétiques qui soulignent
certains motifs critiques. Pourquoi sont-ils critiques? Uniquement
parce qu'ils ont attiré l'attention de l'artiste et l'ont
canalisée d'une manière qui détache son esprit
du présent, qui le rend libre de méditer sur des événements
incommensurables, comme le bruit de son pas sur le sentier ou les
échos d'une caverne : Échos dans l'antre de la pierre,
La peur et la consolation se rencontrent dans ces cercles dilatants
et ces lignes vacillantes.
Les performances de Michel Campeau dans le
paysage peuvent s'expérimenter dans leur urgence : cette
suite d'images fut prise sur une période de quelques jours
et fut réalisée durant toute une vie. Nous assistons
à une renaissance, se déroulant à juste titre
au printemps dans une clairière du Nouveau Monde, où
des coupes naturelles et culturelles ont été réintroduites.
Il s'agit d'autoportraits, réalisés sans aide, visualisés
à l'avance et forcément empreints du charme du hasard.
Ils ont beaucoup à voir avec le regard, bien que les yeux
du protagoniste soient souvent clos -le regard est tourné
vers l'intérieur, plongé dans l'âme et dans
l'art photographique qui a retenu cette âme jusqu'à
ce jour.
Les installations de Bertrand Carrière
puisent dans deux corpus d'oeuvres contrapuntiques : le premier,
une étude du mouvement créée à partir
de photogrammes de film 16mm; le second, un retour à l'image
fixe et à sa saisissante compression du temps. Ils ne sont
pas combinés mais jouxtés, stratégie qui souligne
leurs différences méthodologiques et leurs similarités
thématiques. Il n'y a aucun doute que les deux séries
constituent les révélations d'une quête. La
tête pivotante de Carrière, qui cède la place
à un sentier en forêt, est l'enregistrement d'une disparition
dont la présence quasi sculpturale se reflète dans
les vestiges d'une culture dans la nature qui augurent la mort et
le souvenir.
La méthode utilisée dans ce
commissariat a consisté à reconnaître et à
expliciter des motifs partagés et récurrents et, dans
ce qui est devenu une structure collective, à exprimer une
réaction de spectateur alors que le travail en cours se réalisait.
L'extase est venue à la fois du produit et de son processus
-ils sont intimement liés- et a surgi en nous dès
nos premières rencontres : quatre personnes dont la vie était
d'une certaine manière définie par la photographie
découvraient de nouvelles possibilités dans les très
anciens concepts de terre et d'esprit.
Martha Langford
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