FLOW / COURANT /// Commissaire : Valérie Lamontagne /// 22.08.03 -31.12.03

 

Purblue
Yan Breuleux

Purblue est une étude en bleu monochrome sur les perturbations sonores et les vagues. Symbolisant l’écran bleu «vide» de nos téléviseurs ou de nos écrans vidéo, le bleu est un espace «intermédiaire» en attente d’être rempli par la technologie. Ce vide est ici activé par des perturbations contrôlées par le clavier et qui constituent une série de boucles (ou de vagues) d’animations et de sons programmées à l’avance, mais auxquelles on accède au hasard. Fondée sur les expérimentations chromatiques de peintres modernistes comme Yves Klein, Barnett Newman et Mark Rothko, Purblue échantillonne une série de variations graphiques sur le thème du «bleu», explorant texture, forme, motif et juxtaposition. La composante sonore de l’œuvre diffuse les problèmes techniques et les signaux des détritus oraux de la technologie. Ces boucles sonores évoquent une forme d’exploration à la John Cage dans laquelle le bruit est extrapolé dans ses menus détails pour en atteindre l’essence et ainsi offrir un point de vue pénétrant sur la notion de temps. David Toop note que «la musique est intimement liée aux perceptions humaines du temps et de sa segmentation. Le temps se déploie, apparemment vers l’avant, mais aussi de côté et par cycle, et la perception du temps est subjective, de même que quantifiable.»[1] Purblue nous invite à méditer sur la notion d’espace/temps telle que contenue dans ses boucles audiovisuelles à travers lesquelles circule cette étude épicycloïdale sur le «bleu».

1. David Toop, «Life in Transit», Sonic Process (Barcelone: Museu d’Art Contemporani de Barcelona, 2002), 64. [Notre traduction.]

 

locale()
Marcelo Coelho + Steve Helsing

Le terme «cyberespace», introduit par William Gibson dans son roman de 1984 intitulé Neuromancer, renvoie à un espace numérique et navigable composé d’ordinateurs en réseaux et accessible grâce à des pupitres de commande d’ordinateurs. Local(e) est une œuvre générative qui dessine graphiquement les emplacements géographiques de ces lieux en rhizome. Après avoir soumis un URL de son choix au moteur de recherche de local(e), on voit apparaître le réseau tentaculaire qui existe entre cet URL original et tous les sites Web qui lui sont reliés. Une interface flash navigable du globe terrestre, et donc du cyberespace, nous permet d’explorer plus à fond ces parcours de connexité. Locale(e) met en lumière des enjeux liés à la discrétion géographique et identitaire au sein de la géographie fluide et construite du cyberespace. Dans leur définition des qualités du cyberespace, Martin Dodge et Rob Kitchin avancent que «l’espace ne constitue pas une géométrie neutre et passive, mais est plutôt continuellement générée par des relations socio-spatiales; la relation entre l’espace, les formes spatiales et le comportement spatial n’est pas subordonnée à des lois spatiales «naturelles», mais est le produit de relations culturelles, sociales, politiques et économiques; l’espace n’est pas essentiel mais construit et produit».[1] L’usager de local(e) vit un moment d’émerveillement, alors même qu’il dresse une carte des nœuds entrelacés de l’Internet et qu’il réalise le peu de distance qui le sépare de tous les sites sur la planète.

1. Martin Dodge et Rob Kitchin, Mapping Cyberspace (New York et Londres : Routledge, 2001), 29. [Notre traduction.]

 

Les Petits dénominateurs communs
Jean Dubois + Chloé Lefebvre

Les Petits dénominateurs communs (LPDC) est une série de tableaux interactifs basés sur la vidéo, qui sera présentée au cours des prochains mois et qui nous invite à contrôler virtuellement le «courant» des animations. Dans LPDC, les clips s’accompagnent de jeux de mots pour nous offrir un aperçu de l’univers humoristique dans lequel se manifeste la complicité créatrice des artistes tentant de communiquer avec nous et entre eux au moyen de l’image sur l’écran (capture vidéo, transmission Internet, écran de l’ordinateur). Jean Baudrillard exprime ainsi la réunion corps/écran : «À l’image de la télévision, le plus bel objet prototype de cette nouvelle ère, l’univers qui nous entoure et nos corps mêmes deviennent des écrans de surveillance.»[1] Les animations sont présentées dans une boucle interminable dans laquelle nous sommes témoins de la tâche répétitive des artistes tentant de gonfler des ballons. La boucle comme forme est propre à l’image en mouvement et à l’ordinateur. Selon Lev Manovich, «il est pertinent de rappeler que la boucle (la bande de pellicule] a donné naissance non seulement au cinéma, mais aussi à la programmation. La programmation comporte une modification du courant linéaire des données par des structures de contrôle, tels que «si/ensuite» et «répéter/pendant»; la boucle est la plus élémentaire de ces structures.»[2] LPDC illustre donc le courant filmique/informatique dans une interface ouverte et ludique qui montre les gestes posés dans l’intimité par ses créateurs.

1. Jean Baudrillard, L’autre par lui-même, (Paris: Galilée, 1987).
2. Lev Manovich, The Language of New Media (Cambridge, Mass., et Londres: The MIT Press, 2001), 317. [Notre traduction.]

 

Numbers/Numéros
Michelle Kasprzak

Explorant la notion de chiffrement sur Internet, Numbers/Numéros nous inscrit dans une chasse au trésor pour découvrir une série de messages. Une fois la semaine durant toute l’exposition (22 août-5 octobre 2003), l’artiste affichera un nouveau message audio sur son site Web, message qui doit être déchiffré à l’aide du chiffre de Vigenère, une forme légère de chiffrement, afin d’être compris. L’art de la cryptographie s’avère d’une actualité résonnante au sein des technologies de communication, de la radio à ondes courtes à l’Internet. L’élégance mathématique utilisée en cryptographie s’apparente à celle du code informatique dans lequel un langage logique a une fonction et un sens supérieurs à ce qu’il n’en paraît en surface. On a beaucoup entendu parler, à la fin des années 1980 avec la culture des pirates informatiques (hackers), du défi et du jeu qui consiste à décrypter les codes informatiques. Bruce Sterling en donne cette description : «Le piratage peut décrire une volonté de rendre l’accès aux ordinateurs et à l’information le plus libre et ouvert possible. […] Le piratage peut comporter la conviction sincère qu’il est possible de trouver de la beauté dans les ordinateurs, qu’une esthétique élégante dans un programme parfait est capable de libérer l’âme et l’esprit».[1] L’intention derrière un projet comme Numbers/Numéros est de fournir une occasion d’interaction entre le public et l’artiste, dans laquelle nous prenons part au décodage fascinant d’un récit «secret».

1. Bruce Sterling, The Hacker Crackdown: Law and Disorder on the Electronic Frontier (New York, Bantam Books, 1992), 51. [Notre traduction.]

 

Leaves/Feuilles
Justin Kok

Avec Leaves/Feuilles, nous pénétrons un paysage mutable dans lequel les changements de saisons (printemps et automne) sont déclenchés par notre interaction. Cette œuvre activée par clavier nous permet de «jouer» avec une série d’animations par lesquelles nous enclenchons la croissance féconde d’une vigne ou la danse des feuilles mortes dans l’air. La dimension auditive de l’œuvre – des sons puisés dans le paysage sonore de la nature/culture/technologie : modems, télécopieurs, piano et sifflements du vent – fait écho aux turbulents mécanismes internes de cet environnement numérique/naturel. Sur la relation symbiotique qui existe entre la nature et la technologie, Jonah Brucker-Cohen écrit : «La technologie participe non seulement à la diffusion de l’information et du sens dans l’espace et le temps, mais offre aussi un point de vue sur l’hybridation du naturel et de l’artificiel.»[1] Leaves/Feuilles incarne cette hybridation et fait appel à notre action comme catalyseur du mouvement de la nature, mettant ainsi en relief le rôle complice que nous jouons dans la survie ou la défaite de la nature.

1. Jonah Brucker-Cohen, «New Media Meets the Environment», à <http://www.greenmuseum.org>, 2003. [Notre traduction.]

Yan Breuleux
Né et vit à Montréal. Breuleux détient un baccalauréat en arts visuels de l'Université du Québec à Montréal et poursuit présentement une maîtrise en design à l'Université de Montréal. Performeur vidéo dans des dispositifs immersifs, il a diffusé ses oeuvres lors des festivals Transmediale (Berlin, 1999) et ISEA (Paris, 2000; Nagoya, 2002), et exposé ses oeuvres Web au Musée national des beaux-arts du Québec (2002), au Musée de Rimouski (1999), ainsi qu'au New Museum of Contemporary Art (New York, 2001).

 

Marcelo Coelho
Né à Campinas, au Brésil, vit à Montréal. Coelho a un bagage professionnel varié, allant de la réalisation de films de rue à São Paulo à la programmation de disques rigides à Montréal. Il a étudié l'histoire à l'Université de Campinas et le cinéma à l'Université de São Paulo. Il complète présentement un baccalauréat en arts plastiques, spécialisé en images et sons numériques, à l'Université Concordia. Depuis son arrivée au Canada, il a travaillé comme correspondant, designer et programmeur indépendant. Son travail a été présenté à la Société des arts technologiques (Montréal, 2003), SIGGRAPH (San Diego, 2003) et sur le site Web de Rhizome.org.

Steve Helsing
Né à Vancouver, vit à Montréal.Helsing détient un diplôme en création littéraire et un autre en arts plastiques du Langara College à Vancouver. Il complète présentement un baccalauréat en arts plastiques, spécialisé en production de film, à l'Université Concordia; il est également coureur de fond. Durant ses loisirs, il travaille avec les graphiques de JAVA et souhaite élaborer un portfolio d'images et d'animations générées à partir de codes. Ses oeuvres ont été présentées à Montréal à la Société des arts technologiques (2003), à la Galerie Leonard et Bina Ellen (2003) et sur le site Web de Rhizome.org.

 

Jean Dubois
Né à Sherbrooke, vit à Montréal. Il a étudié les arts visuels à l'Université du Québec à Montréal, à la Jan Van Eyck Academie et à Paris VIII. Il réalise des installations vidéo interactives qui abordent les relations interpersonnelles. On a vu son travail, à ISEA (Nagoya, 2003), à la Galerie de l'UQAM (2002), au Casino Luxembourg (2001) et au Musée de Joliette (2000).

Chloé Lefebvre
Née et vit à Montréal.Lefebvre détient un baccalauréat en arts plastiques de l'Université du Québec à Montréal. Son travail est caractérisé par une attitude ludique, un émerveillement enfantin, un esprit festif. On a pu voir son travail, entre autres, à L'Art qui fait boum! (Montréal, 2003), au Symposium international H2O Ma terre à Carleton (2002) et au Salon de l'Agglomérat, à la galerie Clark (Montréal, 1999).

 

Michelle Kasprzak
Née à Hamilton, en Ontario, vit à Montréal. Kasprzak détient un baccalauréat en arts plastiques, spécialisé en nouveaux médias, de l'Université Ryerson et amorcera une maîtrise en arts visuels et médiatiques à l'Université du Québec à Montréal à l'automne 2003. Elle s'est mérité le prix «Emerging Electronic Artist» d'InterAccess (Toronto, 2001), et son travail a été présenté au Musée des beaux-arts de l'Ontario (Toronto, 2001), au DigiFest (Toronto, 2002) et au Dutch Electronic Art Festival (Rotterdam, 2003).

 

Justin Kok
Né et vit à Montréal. Kok a commencé à étudier les arts numériques au Collège Vanier et étudie présentement les arts graphiques à l'Université Concordia où il complète un baccalauréat en arts plastiques. Son travail a été présenté auparavant à Montréal à la Société des arts technologiques (2003). Il s'inspire de la simplicité du quotidien et s'intéresse donc à une approche minimaliste de l'art.