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©Michèle Waquant
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Michèle
Waquant
212,
rue du faubourg saint-antoine
Les bruits blancs
Programme-vidéo le jeudi 19 octobre
2000 à 19 H
Je suis chez Michèle
Waquant. Nous nous sommes installés dans la bibliothèque,
près d'une fenêtre qui donne sur la rue. Belle lumière
d'automne. Nous parlons de nos lectures, de photographie, de peinture,
de l'art. Michèle aime bien discuter des idées que
l'on se fait de l'art. De mon fauteuil, je remarque que l'on s'active
à l'extérieur. Je «zieute». Par la fenêtre, et
à travers celle du deuxième étage de l'autre
côté de la rue, je vois un homme vider systématiquement
tous les garde-robes de l'apart. Une dame, au fur et à mesure,
accroche le contenu sur la balustrade du balcon et ce, il faut le
signaler, en prenant bien soin de changer de pantoufles en entrant
et en sortant. Et puis, elle disparut. Plus tard, elle est revenue.
La dame a tout ramassé. Pendant que le monsieur rangeait,
elle s'est mise à frotter la balustrade avec un chiffon pour
enfin laver le plancher du balcon. L'opération a demandé
plusieurs heures. «C'est comme ça tous les jours»
me dit Michèle. Une obsession! Quelque chose à faire
pour remplir le temps qui s'écoule? Une gestuelle répétitive
mécanique pour ne pas penser. À cette époque,
Michèle habitait pas très loin de la Bastille, en
face du 212 rue du Faubourg Saint-Antoine. Elle a installé
sa caméra près de la fenêtre, un peu en retrait,
et l'a laissé tourner...
Une autre bande. Celle-ci a
été réalisée par la superposition de
sept bandes vidéos (les sept jours de la semaine?). Les
bruits blancs. Longues, longues sont les images d'un trajet,
sans aucun doute quotidien, tournées en voiture sur le périphérique.
Des paysages que l'on a trop souvent vus et que l'on ne regarde
plus. Aussi sur cette bande, à plusieurs reprises, un navire
prend beaucoup, beaucoup de temps pour traverser l'écran
cathodique. C'est comme si tout se passait trop lentement, à
contre vitesse. Et toujours ce cadre qui cadre. Celui de la caméra,
ceux des fenêtres ou bien celui-ci, aux coins courbes du pare-brise,
lui-même recadré. Comme si le regardeur était
obligé, contraint à un point de vue lointain et profond,
au delà de l'oeil, un point de vue du bout des nerfs optiques,
près de quelques tragiques synapses. Michèle a le
regard gourmand. Avec sa caméra, elle souhaite enregistrer
au passage les événements imprévus et insolites
qui pourraient s'y glisser. Et ils s'y glisseront - entre nos deux
oreilles.
François-Marie
Bertrand
Notes biographiques
Née en 1948 à Québec, MICHÈLE WAQUANT
habite depuis plusieurs années à Paris. Après
des études en arts plastiques à Québec et à
Paris, elle poursuit sa recherche sur la photographie et la sculpture
dans son travail de vidéaste. Depuis 1990, elle enseigne
la vidéo à l'École nationale des beaux-arts
de Dijon
SÉQUENCE tient à
remercier Télé-Québec pour sa généreuse
participation à la diffusion de l'art actuel.
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