Les Mille Mémoires à venir

Cindy Dumais,
Jean-François Fillion,
Fred Laforge,
Hugo Lachance,
Stéphan Bernier,
Yann Tremblay,
Delabela

Du 13 septembre au 20 octobre 2002

Un sentier du Parc de la Mémoire

Le Parc de la Mémoire/Lieux imaginés

Le troisième millénaire est à bâtir. Les actions artistiques d’aujourd’hui sont les mémoires de demain.

De ce point de vue, le Parc de la Mémoire/Lieux imaginés, suggère des espaces et des parcours physiques, virtuels, conceptuels, et devient à la fois prétexte d’ouverture sur l’expression d’une communauté artistique. Il se veut un tremplin à la mise en place de mécanismes producteurs et diffuseurs d'art de même qu’un momentum privilégié pour repositionner dans le troisième millénaire l'Art, l'Artiste et le Faire de l'Art.

La dimension de parc doit être vue avant tout dans la perspective d’un concept qui prend forme aussi bien dans un lieu physique que dans des lieux imaginaires et qui s’édifie en actes et événements.

Les premières manifestations de ce Parc prennent racine dans des sentiers dont le quatrième est Les Mille Mémoires à venir.


Les Mille Mémoires à venir

Les jeunes artistes interpellent à leur manière nos idéaux sociaux et remodèlent ainsi les schèmes de valeur qui, d’une certaine façon, «culturalisent» notre environnement immédiat. Leur place est cependant précaire, marginalisée lorsque d’évidence leur pratique ne cadre pas avec les tendances actuelles ou ne s’articule pas au travers d’un discours établi. Cependant, dans l’essence de leurs actions se dessine une singularité propre à leur génération souvent en relation avec des nouveaux matériaux ou de nouvelles réflexions (multimédia, interdisciplinarité, instantanéité, performance, etc.) qui ne demande qu’à s’exprimer sur la place.

Ce sentier du Parc veut participer à l’éclosion de cette force créatrice en proposant à de jeunes artistes professionnels d’occuper et d’envahir la place publique en y laissant une empreinte singulière, révélatrice d’un art en devenir. Ils seront accompagnés dans leurs démarches par un groupe de jeunes du milieu afin qu'ils participent au processus de création et qu'ils s'impliquent, par leur apport individuel, à soutenir des activités de la communauté artistique et culturelle
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©Cindy Dumais

Cindy Dumais

Facteur EX-ODE

Des oiseaux avec un monde dans la tête, l'ex-ode dans l'œil.

Le projet Facteur EX-ODE est en continuité avec ma réflexion sur la création artistique par les questionnements liés à l’expérience humaine. Il pose, par le fait même, les questions suivantes : Comment s’insère l’œuvre publique dans le paysage urbain? Comment parvenir à créer tout en restant clair? L’art est-il une possibilité de communication?

Physiquement, il s’agit d’une installation composée de neuf boîtes aux lettres rouges qui s'offrent comme le cœur de l'installation. De cette construction se déploient deux lignes. Ces traces fragiles deviennent un mot, une phrase, qui guide le spectateur dans l'installation, de l'extérieur public à l'intérieur de la galerie ainsi qu'à l'intérieur de l'édifice (où s'activent les idées du projet Le Parc de la mémoire/Lieux imaginés). Chacune des boîtes de correspondance est un lieu où je collectionne la mémoire des participants au projet Parc de la mémoire/Lieux imaginés. Je remets une clef à chacun d’eux et leur demande de communiquer avec moi via leur boîte respective (identifiée par un hublot présentant une infographie de leur visage). Je prends le rôle du facteur, non pas livrant les messages, mais recueillant idées et imaginaires. Par cela, je tente d'offrir un espace de création qui assure une diffusion. Effectivement, le matériel recueilli pendant l'expérience (d'une durée d'environ 30 jours) servira à la création d’un napperon, qui sera distribué dans les restaurants près de Séquence. À l'intérieur de la galerie seront présentés trois hublots étanches et ronds, où sont scellées des infographies dans lesquelles on voit l’autre, dans l'œil de l'homme-navire. Des photographies de lieux de la ville, avec pour acteurs les participants du projet, sont les sources de création des images infographiques. Ils sont éléments de décomposition du réel et de composition de l'image. Le projet proposé est fondamentalement un dialogue entre l'intérieur et l'extérieur.


Notes biographiques


CINDY DUMAIS est native de Dolbeau au Lac-Saint-Jean. Elle détient un Baccalauréat en enseignement des arts de l’Université du Québec à Chicoutimi et entamait en 2002 une Maîtrise en arts. Elle a été honorée à plusieurs reprises pour la qualité de sa démarche artistique lors de ses études et recevait entre autres, une bourse Pair pour les études supérieures (2002) et une bourse d’excellence de la Fondation Desjardins (2001).

 


©Jean-François Fillion

Jean-François Fillion

Le projet cyclope

À partir d’une documentation numérique sur les évènements au quotidien du projet Les Mille Mémoires à venir, je propose une série de «clips» évoquant une sorte de portrait de famille des individus qui composent ce groupe hétérogène. Il s’agirait en fait, à travers le médium filmique, de créer un univers formel de dédoublement et de transformation physiologique et corporelle commun.


Notes biographiques


JEAN-FRANÇOIS FILLION vit et travaille au Saguenay. Il expose régulièrement en région ainsi que dans les grands centres urbains (Québec, Montréal, Sudbury, Toronto, Vancouver). Il réalise des projets d’intégration à l’architecture, entre autres, au Centre des médias du Cégep de Chicoutimi (1999). Récemment, il participait au projet d’échange Migration entre le Chili et le Canada (2002). En septembre prochain, il sera de l’évènement Artbord, puis en solo à la mi-octobre au Centre National d’Exposition. Dans le travail de Jean-François Fillion, la métamorphose, le traitement des anatomies, la modification des corps transgresse les codes de la nature et interrogent le statut de vérité sur la représentation en art actuel. Chaque exposition devient une mise en espace de dispositifs installatifs qui permettent au spectateur de prendre contact avec un monde énigmatique et pour le moins illusoire.

 


©Fred Laforge

Fred Laforge

Projet carte postale

Comment inscrire l’art dans la ville d’une façon originale et contemporaine? Cette question posée par le projet Les Milles Mémoires à venir m’apparaît pertinente et très actuelle. C’est dans ce contexte que j’ai réfléchi à un projet qui questionne la production d’objets artistiques et la démocratisation de l’œuvre d’art. Je me suis donné comme problématique de faire entrer l’objet d’art chez les gens afin de provoquer la rencontre entre ceux-ci et l’art contemporain. Le hasard m’a alors mis en contact avec les responsables du centre communautaire Saint-Paul. Suite à cette rencontre, j’ai pris conscience que ce quartier avait besoin d’être dynamisé au niveau culturel. Le quartier Saint-Paul s’est donc imposé comme le territoire de mon action.

Mon projet sera d’envoyer à deux cents résidents de Saint-Paul une petite œuvre qui prendra la forme d’une carte postale. Cette carte aura pour but de mettre en relation les gens du quartier et l’art contemporain. Je travaillerai avec différentes approches esthétiques, ce qui donnera à chacune des cartes une singularité.

Je me propose donc d’offrir un nouveau regard du quartier en travaillant à partir des sculptures de jardins qui s’y retrouvent. J’ai pris en photo les lions et les autres petits «nègres» qui décorent les terrains afin d’en donner une nouvelle lecture par le biais de la carte postale. La culture populaire nourrit mon projet et sert de lien esthétique entre les résidents de Saint-Paul et l’art contemporain.

Le rôle de l’objet artistique est donc au cœur de ce projet. Je tente de m’en servir comme véhicule d’échange et de communication esthétique. Le don de cet objet fait quant à lui épine à la réalité économique de la majorité des envois postaux. Il m’apparaît rafraîchissant de recevoir un objet à caractère artistique entre deux comptes à payer et un sac de publicité. C’est entre autres, en tant qu’objet de dissidence économique que je perçois le rôle de ces cartes postales.


Notes biographiques


FRED LAFORGE est né à Chicoutimi en 1976. Détenteur d’un Baccalauréat de l’Université du Québec à Chicoutimi, il commençait en 2001, à cette même université, une Maîtrise en art. Artiste actif dans la région, il fait partie de la relève et a déjà à son actif quelques expositions individuelles et collectives. Il a participé à plusieurs évènements artistiques notamment Espace en mouvance, projet d’échange Canada/Chili, parrainé par Espace Virtuel en 2002; Artransmédia à Jarnac en France, en collaboration avec Langage Plus d’Alma en 2001. Il participait également à l’été 2000, au Symposium de la nouvelle peinture de Baie-Saint-Paul.

 


©Hugo Lachance

Hugo Lachance en collaboration avec Yann Tremblay

Projet du parc Christ-Roi

Le projet consiste en une participation concrète à la revitalisation du quartier au niveau artistique. Nous projetons de travailler à la réfection d’un parc de la ville en intervenant tant au niveau du parc lui-même, qu’au niveau des gens qui s’y arrêtent. Le lieu d’intervention est le parc Christ-Roi, situé au coin des rues Price et Ste-Anne, qui est au cœur d’un projet de rénovation du quartier. Après avoir constaté le piteux état des bancs du parc, qui sont les liens physiques entre les gens et les lieux, nous en avons fait le point de départ du projet.

Notre intervention se déroule en deux phases : la première est au niveau de la reviviscence du parc et la seconde au niveau du contact avec les gens qui le fréquentent. Le banc sert de liant artistique entre les éléments. Avec la participation de la Ville de Saguenay et du Comité de l’environnement de Chicoutimi, les bancs de bois seront remplacés ainsi que les structures environnantes (boîtes à fleurs, terrassement) et le parc sera nettoyé et émondé.

Ensuite, le projet se dirigera vers la population. Le but est de dédier un nouveau banc aux personnes qui fréquentent le parc. Les gens seront approchés au hasard des rencontres. Ils seront, selon leurs désirs, photographiés ou amenés à donner un objet. Les images et objets seront traités, aux désirs des personnes rencontrées, de façon à conserver un certain anonymat et une logique esthétique.

Le but n’étant pas de pouvoir identifier clairement les personnes, mais plutôt d’aller chercher la subtilité de la présence de ces gens dans le parc. Les reliques seront intégrées dans les planches des bancs. Finalement, une signalétique simple qui annoncera l’existence du projet ainsi que ses partenaires, sera installée sur les poteaux d’éclairage.


Notes biographiques


HUGO LACHANCE est né à Jonquière. Détenteur d’un baccalauréat en enseignement des arts de l’Université du Québec à Chicoutimi, il commençait en 2000, à cette même université, une maîtrise en art, volet création. Hugo Lachance a déjà à son actif quelques expositions individuelles et collectives. Membre du collectif Delabela, il participait également à l’évènement Artransmédia à Jarnac en France, en collaboration avec Langage Plus d’Alma en 2001.

 


©Stéphan Bernier

Stéphan Bernier

Fonds d'urgence

Ce projet vise à redistribuer dans le quartier, une partie des fonds alloués pour le projet Les Mille Mémoires à venir sous forme d'estampes numériques imprimées à même des billets de vingt dollars.

Les billets sont déposés dans une petite boîte disposée dans la ruelle adjacente à la galerie Séquence. La boîte étant ouverte, les passants peuvent y puiser un ou plusieurs de ces billets transformés. À l’aide d’une caméra de surveillance, j’authentifie les transactions.

Sur le billet de banque, le portrait d'une des personnes impliquées dans ce projet est superposé à celui de la Reine d'Angleterre. Chaque impression est signée et numérotée selon les codifications de l'estampe pour en quelque sorte, en certifier sa fonction artistique. Derrière le vingt dollars, un texte explique le fonds d'urgence et place le détenteur devant la question suivante : quelle valeur vais-je donner à cet objet, économique ou artistique? Si on lui confère une valeur économique, on laisse la possibilité que d'autres personnes se questionnent sur sa valeur.



Notes biographiques


STÉPHAN BERNIER termine des études de deuxième cycle en création à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il participait au Symposium de la nouvelle peinture de Baie-Saint-Paul en août 2001. Par la suite, il présentait Viande Froide à la galerie L’Œuvre de l’Autre de l’UQAC. Depuis 1998, il est membre de l’entité artistique Delabela, avec laquelle il exposait en France et en Espagne. Il est aussi impliqué dans quelques projets scéniques depuis 1996, dont quatre conceptions scénographiques. Il est également impliqué au sein du centre d’artistes Espace Virtuel de Chicoutimi.

 


©Yann Tremblay

Yann Tremblay

Image numérique mnémonique

À travers sa démarche artistique, Yann Tremblay porte un regard sur les empreintes humaines en créant des univers vaporeux. L’intégration qu’il a faite dans l’environnement de la rue du Havre, avec les jeunes du projet Les Mille Mémoires à venir, est une fiction constituée d’éléments réutilisés.

À partir d’un coffre qui était déjà sur place, Yann propose une anecdote qui tente de répondre à la question des passants interrogeant l’objet et le lieu. Il leur suggère un contenant anthropologique qui traite des actions portées et emmagasinées par le passage des personnes qui ont interagi ou qui pourraient interagir dans ce lieu.

Les témoins de l’œuvre se retrouvent à travers une imagerie brisée, revalorisant la vision de l’objet et de l’endroit.

En s’inspirant du passé et de ce qui a été abandonné, le projet redonne une seconde vie à ce que l’on avait oublié. Étrangement, l’objet contraignant reste la preuve physique d’une histoire créée de toutes pièces. L’œuvre représente un ensemble de réseaux créant des liens incongrus du témoignage de la matière.


Notes biographiques

YANN TREMBLAY, artiste multidisciplinaire, est natif de Chicoutimi. Il a étudié les arts visuels et les communications à l’Université du Québec à Montréal.

 

Delabela

Artransmédia 2002

Dernièrement, notre collectif a abordé un questionnement sur l'eucharistie en recréant, à travers une esthétique scientifique, un rite laïc de libération des désirs anthropophages. Les gens étaient invités à prendre un des soixante-quinze sacs «solutés» contenant chacun une partie du corps de «Delabela». Suite à ce projet, nous voulons pousser davantage l'optique d'appropriation et de détournement des rites catholiques vers des actions basées sur l'athéisme et la pensée humaniste. Nous utilisons le don du corps et l'échange, cette fois-ci dans le but de créer le reliquaire de l'autre.

Concrètement, le projet consiste à mouler les pouces (le gauche et le droit) des seize personnes impliquées dans le projet Les Mille Mémoires à venir pour en faire des suçons emballés individuellement. Sur l’emballage des trente-deux pouces recueillis, on retrouve une photographie de chacun ainsi que les informations correspondant au reste du corps. La deuxième étape consiste à distribuer ces pouces lors d'une action dans les rues de Gijon, en Espagne. Chaque personne qui acceptera de communier avec l'autre, par ce rituel, devra nous donner en échange, l'empreinte de son propre pouce ainsi que les informations pour la rejoindre. Avec les moules de pouces et les coordonnées de ces trente-deux espagnols, nous referons des suçons afin que l'échange se poursuive. La dernière étape consiste à installer les friandises corporelles à l'intérieur de la galerie Séquence, où la population sera invitée à prendre possession de l'un d'eux en échange d'un de leur cheveu. Chaque cheveu sera identifié et emballé pour créer un reliquaire de cet échange humain.


Notes biographiques


L'entité DELABELA est née à l'hiver 1998 des mains de quatre artistes de la relève: Patrick Desbiens, Frédéric Laforge, Stéphane Bernier et Hugo Lachance. Le collectif a déjà à son actif plusieurs expositions.