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Isabelle
Hayeur
La
dérive
Du 25 février au 26 mars 1999
«Je m'interroge sur la façon dont nous percevons,
transformons et investissons l'espace de notre présence et
de nos pensées. La question des non-lieux y est centrale
en ce qu'elle met en évidence certains malaises propres à
nos sociétés postindustrielles. Je documente des terrains
vagues, espaces périurbains, sites industriels et autres
environnements modifiés. Ces espaces étranges sont
investis à la fois de notre présence et de notre absence;
nous les transformons mais ne les habitons pas. Zones marginales
et chaotiques elles hésitent entre ville et campagne et abondent
en événements déconnectés les uns des
autres. Ces lieux mettent à jour une sorte d'état
de transit et révèlent notre absence de vision du
monde en général. Cette forme d'inorganisation urbaine
passe souvent inaperçue, ce qui nous montre à quel
point nous sommes nous-mêmes hors de nous.
J'interviens par la suite sur les prises
de vue pour en forcer le sens. Je les trafique, travestit pour leur
ajouter quelque chose d'inattendu et d'inhabituel. J'installe un
doute, une ambiguïté qui les amène à jouer
le double jeu d'une dialectique de la rupture et de la liaison.
Construits à partir d'espaces dérangés ils
semblent attendre ou hésiter entre plusieurs possibles. Les
paysages hybrides qui en résultent nous proposent un monde
situé à la limite du vraisemblable. Paysages du silence,
ils feignent pourtant cette sérénité. Leur
temps paraît suspendu, il est peut-être en sursis. Le
regard attentif y circule, repère des failles indicibles
qui y affleurent çà et là et cachent une profonde
intranquillité.
Je cherche à introduire
une comparaison entre la transformation des données physiques
du monde et sa simulation par des techniques de manipulation de
l'image. Il nous est possible de donner forme à des univers
autrefois impensables; il semble que nous soyons en mesure de rendre
réel nos désirs et rêves de toutes sortes. Il
devient urgent de s'interroger sur le bien fondé de nos aménagements
pour éviter la perte définitive de repères
culturels et historiques. L'inquiétante étrangeté
qui habite ces images pointe vers le danger que constitue la pauvreté
de nos imaginaires.»
Isabelle Hayeur
Notes biographiques
ISABELLE HAYEUR vit et travaille à Montréal. Son travail récent a pour origine les problématiques liées à l'aménagement du paysage et à l'architecture.
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