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©Emmanuel Galland
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Emmanuel
Galland
Superman
et Twins
Du 13 janvier au 12 février 1999
Ce ne sont pas des autoportraits à proprement parler mais plutôt des questions d'identification
dont les mises en formes se moquent parfois des conventions banalisées
de l'image identitaire. Twins,1997; Superman,1997.
L'artiste s'est d'abord intéressé à la représentation
d'une personne générique insignifiante sous forme
de petite figurine en plastique, pour ensuite trouver un équivalent
-sur le plan du procédé de reproduction moulée,-
mais qui cette fois représenterait le dénommé
Superman, l'Homme exceptionnel. À cet égard, Galland
exemplifie sans équivoque cette question identitaire qu'il
met en jeu. Dans le processus grossier d'un moulage dont la finition
est très imparfaite, surtout en ce qui a trait à la
peinture dont il est enduit, monsieur Personne et monsieur Superman
sont finalement du pareil au même. La démonstration
nécessite au moins deux figures du même personnage
pour que l'on constate l'unicité de chacune. Les monsieurs
Personne se ressemblent et se dissemblent, comme des jumeaux presqu'identiques.
Il en va de même pour les Superman.
Superman, ce n'est pas un héros, mais une icône vide.
Le surhomme est ici un vacuum absurde que l'on peut qualifier à
souhait, une figure aussi peu singulière que multipliée
en sous-produits déclinés en d'innombrables reproductions,
et plus précisément, en reproductions de reproductions.
À la fois toujours le même et toujours marqué
de différence lorsqu'on y regarde de plus près. Le
travail d'Emmanuel Galland en prend acte. Il nous montre des reproductions
photographiques de figurines produites par un moulage non raffiné.
C'est très simple, finalement. On imagine l'étalage
d'une série de figurines représentant ce même
sujet. Elles sont toutes les mêmes et sont donc vendues au
même prix. Il ne s'agit pas d'une production sophistiquée,
et la rapidité de la chaîne de production est trahie
par la peinture grossière qui singularise chacune de ces
figures «made in China». En amplifiant l'échelle de cette unité
moulée, clonée, l'unicité causée par
les imperfections se voit donc magnifiée. On se surprendrait
à y interpréter des traits de personnalité
Superman no 6 a des yeux exorbités et un regard rêveur,
tandis que Superman no 9 a des petits yeux et un regard méchant,
de serial killer, dixit l'artiste. Tant de différences par
un seul petit détail de peinture grossièrement appliquée.
Qu'est-ce qu'un individu? Une unicité distincte dans le
cours de l'énumération. Ainsi vont ces messieurs,
ces clones aussi sympatiques que ratés. Ainsi iraient les
individus dans la masse indifférenciée de la population? Au-delà du «gag» formel, c'est à ce moment que le
travail de Galland commence à intriguer sérieusement.
Alain
Paiement,
septembre 1998
Notes biographiques
Né à Romilly sur Seine en France, EMMANUEL GALLAND vit et travaille à Montréal depuis 1989. Il a obtenu son Baccalauréat en art (1994) à l'Université de Montréal. Depuis quelques années, son travail tourne autour de l'image identitaire en utilisant principalement la photographie, dont l'histoire a largement été traversée par cette fonction depuis le tout début de son invention. Plusieurs de ses oeuvres sont à la fois narcissiques par l'utilisation de l'image de l'artiste comme objet auto-réflexif (cf. Self-service, La Biennale de Montréal CIAC,1998), et relativement cyniques en exacerbant cette image comme résultante d'une attribution sociale.
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