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©Élène Tremblay
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Élène
Tremblay
Figures
Du 13 janvier au 12 février 1999
Par notre corps, nous apparaissons aux autres.
C'est par lui que s'ouvre le monde du sens et du signe. Nous offrons à la pensée de perdre cette forme dans la mort. Aussi,
nous créons des univers parallèles où une certaine
présence serait conservée malgré l'irrévocable
décomposition de la matière. Que ces mondes existent
ou non importe peu, ils participent néanmoins de notre imaginaire.
Dans Figures, Élène Tremblay présente
une expérimentation formelle sur le thème du fantôme.
Elle exhibe des silhouettes spectrales qui semblent percer le réel
pour venir prendre place dans le champ de la caméra. Des
blanches apparitions anthropomorphiques au poudroiement lumineux,
ces figures étranges ont tout du spectre tel que raconté
dans les légendes populaires. Pour cette production, Tremblay
s'inspire plus particulièrement du courant de la photographie
spirite, très en vogue au tournant du siècle dernier.
Des figures diaphanes -les esprits- apparaissent alors sur toutes
sortes d'images, du portrait conventionnel à la scène
de genre. Un vaste public donne son assentiment aux photographes
qui prétendent dévoiler un monde invisible par le
simple déclic de la caméra. C'est cette faculté
surnaturelle attribuée au dispositif photographique qui intrigue
Élène Tremblay. Ce retour postmoderne sur l'histoire
de la photographie ne participe pas d'une démystification
ni d'une déconstruction, mais invite plutôt à
une rêverie sur les pouvoirs de l'imagination et ses mystères.
Dans la première série photographique, des grandes
silhouettes blanches sans visages nous perturbent, pareilles à
un souvenir confus que l'on voudrait percer. Ces fantômes
qui logent dans un brouillard épais et informe sont comme
des reflets troubles à la surface de l'eau. Ils émergent
du fond de l'image par cette lueur qui vient jusqu'à nous,
telle la trace d'une étoile. Des figures en devenir qui invoquent
une métaphore magnifique sur l'émergence des formes.
L'éruption des formes dans l'écoulement des impressions
sensibles est ce qui permet la différenciation des choses.
Ces photographies pointent ce lieu de l'imaginaire où la
lumière devient fantôme, où l'absence devient
présence. Le site Internet d'Élène Tremblay
joue également le mystère par le surgissement de personnages
qui exécutent de courts mouvements avant de disparaître.
Contrairement aux fantômes plus imposants des séries
photographiques, le petit personnage sur écran instaure davantage
une relation d'intimité. En parallèle aux séries
photographiques, la présence de ce spectre numérique
fait ressortir comment pour chaque technique de représentation
nous investissons des fantasmes différents. Devant cet espace
bien enserré qu'est l'écran d'ordinateur, ce n'est
plus la logique de la trace et ses consonnances passéistes
et véridictoires qui nous troublent mais davantage la posssibilité
d'un contact, quel qu'il soit... Il émane de cette production
autour de la figure fantomatique, de cette exploration formelle
des tensions entre le visible et l'invisible, une poésie
étonnante sur la vie et la création.
Christine Desrochers,
(extrait ). Le texte complet de l'auteure a été
diffusé également par VU en novembre 1998,
lors de la circulation et de la présentation de l'exposition Figures d'Élène Tremblay.
Notes biographiques
ÉLÈNE TREMBLAY est née à Rimouski en 1962. Elle vit et travaille à Montréal. Son travail a été présenté au Québec, au Canada, en Europe et aux États-Unis. Elle s'intéresse depuis quelques années à la création d'oeuvres pour l'Internet. Elle aborde dans son travail le sentiment de perte associé à la trace photographique, qu'elle rend perceptible par des interventions sur certaines parties de l'image. |