©François-Marie Bertrand

François-Marie Bertrand

Séquences

Du 25 août au 24 septembre 1999

Plusieurs photographes articulent leur travail autour de concepts picturaux. Par exemple, le sujet et la forme chez Sylvie Readman, les discours et la facture chez Michèle Waquant, le paysage et l'autoportrait chez Denis Farley. Aussi l'idée m'est venue de parler de la photographie avec la peinture. Il m'est apparu que la Galerie Séquence, en particulier la plus petite des deux salles d'exposition, se prêtait aisément à ce projet. D'où son titre : Séquences.

Depuis plusieurs années, je m'intéresse à la construction du regard. Car, après tout, nous fabriquons ce que nous voyons. Si je laisse tomber trois sous noirs sur le sol, il y a de fortes chances que la lecture que je ferai de la disposition de ces trois sous noirs soit un triangle. Or, ce triangle n'existe pas. Je le configure mentalement, en liant ces trois points d'une ligne virtuelle continue. Si je regarde une image photographique représentant un portrait, je reconnais une personne. Le fait est qu'il s'agit concrètement d'une grande quantité de petits points organisés dans un certain ordre qui font que je reconnais une personne.

Ici, les petits points sont devenus gros. De sorte que, comme l'image perçue de l'agencement pointilliste sur le papier photographique, la ligne qui se dessine sur les trois murs de cette petite salle, en réalité, n'existe pas. Chimère de notre esprit. L'invention de la photographie a permis une reconstitution objective de notre environnement. La peinture est rigoureusement subjective. L'invention du cinéma a recréé l'illusion du mouvement auquel s'est ajouté le son. La peinture demeure immobile et silencieuse.

Gilles Sénéchal me disait récemment que le procédé de réflexion des couleurs sur les pourtours de mes tableaux lui faisait penser au cercle de confusion; expression qui décrit la nébulosité de l'espace visuel (et ce temps, tout aussi imprécis?) qu'entoure la mire de la caméra et qui, peu à peu, s'éclipse par la mise au foyer. Les réflexions colorées projetées par les pastilles installées sur les murs d'accrochage exigent du regardeur de l'attention et du temps. Son oeil doit s'ajuster. D'autre part, environ cinquante pour cent des effets perçus sont le résultat d'événements neurologiques de son propre cortex visuel. Une grande partie de ce qu'il voit n'existe pas. Il est également possible d'affirmer le contraire : nous ne percevons qu'une infime partie du réel.

F.M.B.

Séquences est présenté simultanément avec Paysages étalonnés du photographe Denis Farley. La relation entre les deux propositions en est une de différence et de ressemblance. Toutes les deux questionnent les a priori de leur médium et la latitude de perception que le regard du spectateur peut avoir. Cela suggère cet entendement : «ce que je perçois, c'est ce que je perçois».


Notes biographiques

FRANÇOIS-MARIE BERTRAND vit et travaille à Chicoutimi. Peintre que l'on qualifie de formaliste et conceptuel, il est représenté à Montréal par la Galerie Christiane Chassay. Dans les derniers mois, ses oeuvres ont été présentées à la Galerie Espace virtuel à Chicoutimi; à l'ELAC, à Lyon (France); et à la Galerie René Blouin de Montréal.