
©Richard Baillargeon
©Michel Campeau

©Bertrand Carrière |
Richard
Baillargeon, Michel Campeau, Bertrand Carrière
La
Méthode et l'extase
Commissaire
Martha Langford
20.06.03 >
15.08.03
La Méthode et lextase: Richard Baillargeon, Michel Campeau, Bertrand
Carrière est une exploration collective du paysage, processus
rendu visible et soutenu par une foi dans le pouvoir de la photographie.
Ce travail peut être considéré comme un renouvellement
de lélan romantique ou, plus précisément,
comme une adaptation qui répond aux besoins actuels. Nous
avons mis de côté le culte du génie, mais réadmis
la subjectivité en tant quexpression de lindépendance
et de la solitude, ici, face à la cinquantaine. Nous avons
réaffirmé loriginalité ou, plutôt,
la possibilité de recombinaisons culturelles qui expriment
quelque chose de singulier en rapport à un esprit-corps particulier,
en réaction à un lieu et à un temps particuliers.
Lusage de la photographie révèle, de façon
paradoxale, lunicité de ces performances, en ce quelles
sont et, soudain, ne sont plus, en ce quelles ne tiennent
quà un cheveu. La photographie nous fait prendre conscience
de la lumière, de ses allées et venues comme mesure
de notre mortalité. Lexposition est hantée par
des visions de mort imminente : le ralentissement de la nature,
les rituels dOsiris, les présages ignorés. Dans
tout ceci, le confort réside dans la beauté, dans
lentrelacement de mystères picturaux et de textes,
dans les images prises en voyage, dans la caresse de moments et
de mouvements toutes choses rendues possibles par ce médium
généreux. On peut palper, dans cette exposition, un
amour de limage photographique, un amour approfondi par la
familiarité de ses codes et de ses capacités, un amour
ardent, un amour constamment étonné.
La nature, la spiritualité, lincarnation
physique et la matérialité : toutes sont des lieux
dextase. Que dirons-nous maintenant de la méthode,
ou des méthodes, puisque ces trois projets photographiques
semblent formellement fort distincts?
La méthode de Richard Baillargeon
est syncrétique : les photographies standards darchitecture
romane furent toutes prises durant une résidence à
Arles; elles sont combinées à des détails de
manuscrits enluminés et de paroles poétiques qui soulignent
certains motifs critiques. Pourquoi sont-ils critiques? Uniquement
parce quils ont attiré lattention de lartiste
et lont canalisée dune manière qui détache
son esprit du présent, qui le rend libre de méditer
sur des événements incommensurables, comme le bruit
de son pas sur le sentier ou les échos dune caverne: Échos dans lantre de la pierre. La peur et la consolation
se rencontrent dans ces cercles dilatants et ces lignes vacillantes.
Les performances de Michel Campeau
dans le paysage peuvent sexpérimenter dans leur urgence : cette suite dimages fut prise sur une période de
quelques jours et fut réalisée durant toute une vie.
Nous assistons à une renaissance, se déroulant à
juste titre au printemps dans une clairière du Nouveau Monde,
où des coupes naturelles et culturelles ont été
réintroduites. Il sagit dautoportraits, réalisés
sans aide, visualisés à lavance et forcément
empreints du charme du hasard. Ils ont beaucoup à voir avec
le regard, bien que les yeux du protagoniste soient souvent clos
le regard est tourné vers lintérieur,
plongé dans lâme et dans lart photographique
qui a retenu cette âme jusquà ce jour.
Les installations de Bertrand Carrière
puisent dans deux corpus duvres contrapuntiques : le
premier, une étude du mouvement créée à
partir de photogrammes de film 16 mm; le second, un retour à
limage fixe et à sa saisissante compression du temps.
Ils ne sont pas combinés, mais jouxtés, stratégie
qui souligne leurs différences méthodologiques et
leurs similarités thématiques. Il ny a aucun
doute que les deux séries constituent les révélations
dune quête. La tête pivotante de Carrière,
qui cède la place à un sentier en forêt, est
lenregistrement dune disparition dont la présence
quasi sculpturale se reflète dans les vestiges dune
culture dans la nature qui augurent la mort et le souvenir.
La méthode utilisée dans ce
commissariat a consisté à reconnaître et à
expliciter des motifs partagés et récurrents et, dans
ce qui est devenu une structure collective, à exprimer une
réaction de spectateur alors que le travail en cours se réalisait.
Lextase est venue à la fois du produit et de son processus
ils sont intimement liés et a surgi en nous
dès nos premières rencontres: quatre personnes dont
la vie était dune certaine manière définie
par la photographie découvraient de nouvelles possibilités
dans les très anciens concepts de terre et desprit.
Martha Langford
Notes biographiques
RICHARD BAILLARGEON vit et travaille à
Québec. Détenant une formation en anthropologie, il
est membre fondateur du centre VU à Québec. Son travail,
qui a été exposé au Québec, au Canada
et à l'étranger, s'articule autour de la rencontre
entre l'image photographique et le texte.
Vivant et travaillant à Montréal, MICHEL CAMPEAU explore
l'univers photographique depuis une quarantaine d'années
et a une démarche autobiographique. Son travail a été
présenté au Québec, au Canada, en Europe et
au Japon, où il a reçu, en 1994, le Prix international
de photographie d'Higashikawa.
BERTRAND CARRIÈRE questionne
la réalité pour son potentiel de fiction et ses résonances
autobiographiques. Il vit et travaille à Montréal
et expose régulièrement au pays ainsi qu'à
l'étranger.
Historienne de l'art et commissaire
indépendante, MARTHA LANGFORD a été directrice
fondatrice et conservatrice en chef du Musée canadien de
la photographie contemporaine.
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