©Richard Baillargeon

Richard Baillargeon

Terres austères

Du 12 janvier au 4 février 2001

Le travail photographique de Richard Baillargeon est généralement perçu comme étant de nature narrative. Depuis Transit Commedia, et avec Champs/La mer, on a fréquemment abordé ce travail sous l'angle de son déploiement narratif et de ses recours à l'autoportrait. Or, avec Terres austères, une autre facette, dont on a relativement peu tenu compte mais qui reste indissociable de la série Comme des îles, s'affirme pourtant. En effet, on ne voit dans cette série aucune image relevant d'une narration de l'intime. Ce qui frappe d'emblée, ce sont plutôt les larges fresques aux allures de diorama représentant paysages et créatures du Crétacé. Ce sont effectivement des images de seconde main que l'on scrute puisqu'elles reproduisent des dioramas sur lesquels squelettes et reproductions de dinosaures se découpent. Ces images ont toutes été prises au Royal Tyrrell Museum of Paleontology (Drumheller, Alberta), sis dans les mythiques Badlands de l'Alberta dont le sous-sol est si riche en fossiles de toutes sortes. Puis, scandant celles-ci, d'autres photos, un peu atones, représentent les vastes et uniformes plaines environnantes. Toutes s'étendent sans fin en de plats paysages qui se montrent, en leur dénuement, si peu en concordance avec ce que l'on attend d'un «paysage». Puis, une troisième série s'offre à nous, faite d'intérieurs de chambres de motels, images pleines de l'ambiance morne et pitoyable d'une Amérique aux mille et mille commodités insipides. Ici, la fadeur de ces intérieurs ternes, la banalisation d'un paysage délavé et l'effort de simulation des dioramas factices font tous oeuvre commune pour nous transporter dans un univers troublant où fiction et réel se confondent en des mises en scène du trivial. Aucune distance critique n'est ici apparente; l'immersion est totale. Nous sommes plongés jusqu'au cou dans un simulacre qui s'affiche comme tel. Ainsi, ce n'est que par le biais de signes presque inapparents que la reprise d'images devient chose avouée. De cette ténuité des signes surgit alors une étrange poésie, une sorte de poignance hésitante, un pathos un rien désespérant, mais indulgent pour cette condition humaine qui est la nôtre. Le faux-semblant semble alors relevé de notre réalité de tous les jours. Nous apparaissons comme les dupes continuelles des mille et mille miroirs aux alouettes environnantes. Pire, nous aimons notre crédulité et nous l'entretenons sans cesse, soit que nous nous y abandonnions sans vergogne, soit que nous la maintenions à distance dans des ruses critiques qui la ressassent sans répit.

Sylvain Campeau

Notes biographiques

RICHARD BAILLARGEON vit à Québec. Ses oeuvres ont fait l'objet de nombreuses expositions au Québec, au Canada et à l'étranger; elles se retrouvent dans des collections de plusieurs institutions publiques. L'artiste est aussi engagé dans divers domaines de la gestion, de la diffusion, de l'enseignement et de l'organisation d'événements en arts.